Projet loi Climat : “Un simple prétexte pour encore nous taxer”

Adhérente à l’UNOSTRA depuis 2005 et présidente depuis 2017, Sandrine Bachy est revenue sur le projet de la loi climat. Gérante d’une entreprise de 8 salariés dans le sud de la France, elle est formellement opposée à ce projet de loi.
Pourquoi le projet sur la loi climat est aujourd’hui vivement contesté dans le secteur du transport ?
Ce projet de loi est irréalisable. Les mesures prises contre les transporteurs ne résoudront absolument pas le réchauffement climatique. L’écologie est un simple prétexte afin de nous taxer encore et encore.
Le ministre des transports Jean-Baptiste Djebbari a annoncé la mise en place de 440 aires de service avec bornes de recharge rapide sur 2 ans. Vous pensez donc que c’est irréalisable ?
Oui. M. Jean-Baptiste Djebbari a beau annoncer la mise en place de 440 aires de service avec bornes de recharge sur 2 ans, cela ne permettra pas de séduire les transporteurs à l’électrique. Depuis 2014, les transporteurs ont pu investir dans des véhicules de norme Euro 6 et en 2017, plus de 60 % de la flotte française en était équipée. Les transporteurs continuent à investir dans des véhicules de norme Euro 6 et il faudrait déjà qu’ils s’en débarrassent pour des véhicules dits « plus propres », alors que leurs investissements sont loin d’être amortis. Que fait-on de tous ces véhicules alors ? A-t-on prévu leur recyclage ? Où va-t-on se contenter de déplacer seulement les émissions de CO2 en revendant nos véhicules aux pays d’Afrique ? Rappelons quand même que ces véhicules de norme Euro 6 polluent 10 fois moins qu’une voiture d’un particulier. Donc si on suit la logique du gouvernement, il va falloir taxer les particuliers.
Si on vous demande d’investir dans ces véhicules dits “plus propres”, que faites-vous ?
Leur prix est 6 fois plus élevé que celui d’un véhicule diesel. Aucun transporteur n’a les moyens actuellement de payer un tel prix. De plus, leur autonomie est de 250 kilomètres. Pour une entreprise comme la mienne, n’effectuant que des longues distances, soit jusqu’à 700 kilomètres par jour par véhicule, il faudrait procéder à 3 recharges par jour. Soit plus de 6h00 de temps de recharge journalier. Temps qu’il faudra payer aux conducteurs mais n’entraînant aucun chiffre d’affaires. De plus, ce temps de recharge sera pris en compte dans le temps de service du conducteur ainsi que dans son amplitude journalière. Effectuer 700 kilomètres représente déjà 9h00 de conduite. Temps de conduite + Temps de recharge = 15h00. Il faut également ajouter le temps de travail, temps de livraison pour les conducteurs. Nos conducteurs seront donc en infraction tous les jours. Le temps de service étant de 12h00 par jour. Il faudra donc réduire nos temps de conduite afin de respecter la RSE en vigueur. Donc moins de kilomètres parcourus, c’est moins de kilomètres à facturer. Moins de kilomètres à facturer, c’est une perte de chiffre d’affaires.
En l’état des choses, les véhicules électriques ne répondent pas aux besoins des transporteurs longue distance. Les constructeurs n’ont aucun modèle de véhicule à hydrogène à nous proposer à l’heure actuelle.
Quel autre impact ce projet de loi aurait sur votre entreprise par exemple ?
Les impacts pour mon entreprise seront énormes puisque je prendrai de plein fouet le non-remboursement de la TICPE. Je n’aurai pas le choix que de continuer à investir dans des véhicules diesel afin de satisfaire mes clients et de maintenir mon chiffre d’affaires. Je prendrai également de plein fouet les écotaxes régionales.
En quoi le remboursement de la TICPE est primordial pour les entreprises ? Pour la votre par exemple, qu’est-ce que cela représente ?
Le remboursement de la TICPE est primordial pour mon entreprise. Depuis de nombreuses années, le montant du remboursement obtenu est supérieur à mes bénéfices annuels. Donc sans remboursement de la TICPE, je serai dans le rouge tous les ans. Ma seule alternative sera d’augmenter mes tarifs en modifiant ma formule de calcul de l’indexation carburant afin d’y inclure le non-remboursement de cette taxe. Cela va donc se traduire par une augmentation du prix des transports. Tous les transporteurs feront comme moi car plus de 90 % des transporteurs ont un bénéfice inférieur au montant du remboursement de la TICPE. Cette loi ne ferait qu’augmenter de façon certaine le prix du transport, sans forcément réduire les émissions de CO2, ce qui est censé être la base de cette loi.
Vous avez évoqué l’écotaxe régionale ? Quelle est la position de votre région par rapport à cela ?
Je ne connais pas la position de mon président de région. Mais en lisant les divers avis des autres présidents, je constate que les avis sont partagés. Ceux qui sont pour ne parlent pas d’écologie mais de taxes afin d’entretenir les infrastructures. Rappelons que les poids-lourds sont de plus en plus interdits sur des portions de nationales. Nous devons donc rester sur les autoroutes qui sont loin d’être gratuites pour nos véhicules. Depuis la privatisation des péages autoroutiers, les tarifs ont augmenté de plus de 40 %. Nous payons très cher les péages autoroutiers et il faudrait en plus payer l’entretien des nationales qui nous sont pour une grande partie interdite ? Quelle injustice ! Nous serons dans l’obligation de répercuter à nos clients cette écotaxe. Nous n’aurons pas le choix si nous voulons survivre. Certains présidents de région veulent nous faire croire qu’ils ne taxeront que les camions étrangers. Impossible, ils n’auront jamais l’autorisation de l’Europe.
Un projet de loi similaire avait déjà été proposé en 2013, avant d’être finalement abandonné. Les problématiques et les raisons de ce refus par le secteur du transport routier sont-elles les mêmes qu’aujourd’hui ? 
Oui et pour les raisons que je viens de citer. De plus, en 2014, suite à l’abandon du projet, nous avions eu une augmentation de 4 centimes du litre de carburant. On nous avait alors dit « 4 centimes pour solde de tous comptes ». On s’est moqué de nous, une fois de plus. Le gouvernement ne tient pas ses promesses. Comme d’habitude.
Ce projet d’écotaxe avait finalement été abandonné, notamment par la pression exercée par le mouvement des bonnets rouges. Pensez-vous qu’il faudra de nouveau adopter ce style de contestation pour que ce projet de loi soit de nouveau abandonné ?
Le mouvement des bonnets rouges avait été une grande aide pour faire reculer le gouvernement sur son projet d’écotaxe. Il est certain que nous devons nous battre et nous faire entendre afin de faire annuler toutes ces mesures fiscales injustes. Il en va de la survie de notre profession et de nos emplois français. Si nous ne pouvons faire reculer le gouvernement sur cette loi Climat, nous aurons du mal à survivre et le pavillon français disparaîtra.

Loi Climat

Sandrine Bachy, présidente de l’UNOSTRA

Paris, le 26 février