Édito du président, Alexandre CLARETON – « Jusqu’à quand allons-nous fermer les yeux ? »

Il faut bien l’avouer : en ce moment, il devient difficile de trouver les mots.

De la colère ? De la lassitude ? De l’inquiétude ? Probablement un peu des trois.

Mais surtout une question : sommes-nous en train de vivre un cauchemar ou est-ce devenu la nouvelle réalité de notre secteur ?

Cette semaine, le carburant atteint 2,30 € le litre. Deux euros trente.

Ce n’est même plus une hausse. C’est une explosion.

Et pendant ce temps, nos entreprises continuent de rouler. Enfin… quand elles en ont encore les moyens.

Nous le répétons depuis des mois : nos entreprises sont en souffrance. Les capacités financières sont fragilisées, les défaillances se multiplient… et la reprise annoncée pour septembre qui, soyons honnêtes, n’est toujours pas au rendez-vous.

Le cocktail est pourtant parfait :

Une activité qui baisse + un carburant qui explose + des charges qui augmentent.

Et pourtant, nous continuons. Parce qu’un transporteur, petit ou grand, se lève chaque matin pour ses salariés, ses clients, ses engagements et, surtout, pour faire tourner l’économie de ce pays.

Le transport n’est pas un détail. C’est un rouage essentiel.

Depuis des mois, les explications se succèdent. On nous annonce une fin de guerre, puis une nouvelle tension. On nous annonce une baisse du pétrole, puis finalement non.

Nous entendons, nous comprenons, nous essayons de suivre. Mais lorsque les explications deviennent aussi nombreuses que les variations du prix à la pompe, il est peut-être légitime de poser quelques questions.

Sommes-nous devenus trop naïfs ?

Et puis on nous explique qu’il suffit de répercuter le carburant dans nos tarifs.

Oui, il existe une indexation carburant.

Mais soyons sérieux : elle arrive avec un décalage, elle ne couvre pas toujours la réalité de la hausse et, lorsque les prix s’envolent brutalement, l’écart se creuse immédiatement.

Les carburants explosent, mais surtout pas les prix.

Le transporteur, lui, n’a plus qu’à trouver la différence quelque part.

Et la marmotte met le chocolat dans le papier d’alu.

Et les aides ? Elles arrivent. Au compte-gouttes. Surtout, pas trop vite. Après tout, nos entreprises ont certainement des trésoreries qui débordent.

Et que voyons-nous en retour ? Une classe politique qui semble parfois vivre dans une autre dimension.

Entre brassage d’air, quelques frites préparées devant les caméras, toilettage de chien et autres opérations de communication… Mais où va-t-on ?

Ce n’est plus de la déconnexion. C’est lunaire.

Nous avons souvent regardé tout cela avec le sourire. Aujourd’hui, nous ne sourions plus. Parce que derrière les chiffres, les annonces et les discours, il y a des entreprises qui souffrent réellement.

Il est temps de regarder la réalité en face.

Alors peut-être est-il temps, collectivement, de cesser de regarder ailleurs. Parce que le jour où le transport ne pourra plus absorber, il n’y aura plus rien à absorber.

Alexandre Clareton
Président de l’UNOSTRA