Édito de Sandrine Bachy – Trésorière de l’UNOSTRA et Ancienne Présidente : Comment trop d’impôt tue l’impôt dans le transport routier ?
Jusqu’où l’État compte-t-il saigner le transport routier français ? Derrière les bureaux
feutrés des ministères, une technologie aveugle continue de voir dans chaque
camion une cible fiscale idéale, une vache à lait inépuisable. Mais la réalité du terrain
vient de sonner la fin de la récréation économique. Appliquée à nos transporteurs, la
célèbre maxime se vérifie aujourd’hui avec une violence inouïe : trop d’impôt tue
l’impôt. Et c’est toute l’économie française qui menace de caler.
À force d’empiler les taxes sur le gazole (TICPE ), d’avaliser les hausses
scandaleuses des péages autoroutiers, de multiplier les taxes à l’essieu et d’agiter la
menace d’éco-taxes régionales, le gouvernement commet un sabotage industriel. En
détruisant la rentabilité de nos entreprises, l’Etat est en train de tarir la source même
de ses propres recettes.
Le transport routier de marchandises n’est pas une variable d’ajustement budgétaire.
C’est un secteur vital qui vit sur le fil du rasoir avec des marges microscopiques d’à
peine 1 à 2 %. Quand la fiscalité augmente, ce ne sont pas les bénéfices que l’on
rabote, ce sont des emplois que l’on supprime et des clés que l’on met sous la porte :
plus de 70 % de défaillances en juillet 2026 par rapport à la moyenne annuelle de
référence 2010-2019.
Le calcul de l’Etat est d’une stupidité économique rare. Une PME du transport qui fait
faillite sous le poids des taxes, c’est 0 euro d’IS, 0 euro de charges sociales et des
dizaines de routiers envoyés au chômage qui deviennent un coût net pour la
collectivité.
Ce matraquage fiscal national est une véritable trahison pour nos entreprises. Le
transport ne s’arrête pas aux frontières. En alourdissant les charges du pavillon
français, le gouvernement fait un cadeau royal aux transporteurs des pays de l’Est et
de la concurrence internationale dont les coûts et les taxes sont dérisoires. C’est le
triomphe de l’absurdité : les donneurs d’ordres se détournent des transporteurs
français devenus trop chers pour confier leurs flux au cabotage étranger. Ces
camions viennent rouler sur nos routes mais font le plein de carburant hors de nos
frontières.
Résultat : L’Etat français ne touche plus un centime de taxe sur le
carburant, nos entreprises meurent et l’argent s’évapore à l’étranger.
Enfin le comble du cynisme réside dans l’alibi écologique. On nous taxe « pour le
climat ». Mais avec quelle trésorerie les transporteurs français sont-ils censés
acheter des véhicules électriques qui coutent trois fois plus chers que les véhicules
thermiques ? En siphonnant les capacités d’autofinancement des entreprises, la
fiscalité punitive bloque la transition énergétique au lieu de l’accélérer. L’Etat prive les
transporteurs des moyens de verdir leur flotte, figeant le secteur dans le passé pour
mieux continuer à le ponctionner.
Baisser l’impôt sur le transport routier n’est pas un cadeau fait aux patrons, c’est
sauver l’emploi français, sécuriser nos chaines logistiques et redonner de l’air à une
économie asphyxiée. Si l’État veut revoir la couleur de l’impôt, il doit d’abord laisser
respirer ceux qui la créent. Il est URGENT de comprendre que la route a ses limites
et que la révolte fiscale n’est jamais loin quand la survie est en jeu.
Sandrine BACHY
Trésorière de l’UNOSTRA et ancienne présidente
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