Édito de rentrée du Président de l’UNOSTRA : Alexandre Clareton
À peine rentrés de congés, nous retrouvons avec bonheur ce qui fait le charme de la rentrée : les dossiers en retard, les contraintes administratives… et une nouvelle réforme numérique à financer.
Cette fois, c’est la facturation électronique.
À partir du 1er septembre, toutes les entreprises devront être capables de recevoir des factures électroniques et avoir choisi une plateforme agréée. Pour nos TPE et PME, l’obligation d’émission arrivera en septembre 2027.
Sur le papier, c’est formidable : plus simple, plus moderne, plus efficace.
Dans la réalité, il faudra choisir une plateforme, adapter son logiciel, paramétrer, former, maintenir… et payer.
Et pour nos entreprises de transport routier, qui travaillent déjà avec des marges sous pression, chaque nouvelle dépense compte.
Mais lorsqu’on demande à une entreprise de payer pour une nouvelle infrastructure numérique, une question est légitime : que paie-t-elle exactement, et quelles garanties obtient-elle en retour ?
Car il n’y a pas seulement la facture de la plateforme.
Il y a aussi la valeur de ce que nous lui confions.
Une facture, ce n’est pas simplement une date, un montant et quelques lignes de TVA.
C’est un client, un fournisseur, un tarif négocié, un volume d’activité, des coordonnées bancaires, des flux financiers, des habitudes commerciales.
Bref, c’est presque le carnet de route économique de l’entreprise.
Et demain, ces informations vont circuler dans des systèmes numériques dont nous sommes invités à croire qu’ils seront parfaitement sécurisés.
Naturellement.
La DGFiP a reconnu cet été des accès illégitimes à son système d’information, concernant des données de 678 000 particuliers et professionnels. L’URSSAF, l’ANTS, l’Éducation nationale et d’autres administrations sont elles aussi confrontées aux cyberattaques.
Alors posons une question toute simple :
Si l’État, avec ses moyens et ses experts, peut être attaqué, que répondra-t-on demain à notre transporteur de dix salariés lorsqu’il demandera : « Et mes données, qui les protège ? »
« Ne vous inquiétez pas » ?
Ce n’est pas une politique de cybersécurité. C’est une formule de politesse.
Car celui qui accédera à nos données de facturation pourra potentiellement connaître nos clients, nos fournisseurs, nos volumes, nos tarifs et nos flux financiers.
Pour un cybercriminel, c’est intéressant.
Pour un concurrent, c’est précieux.
Pour l’espionnage économique, c’est une mine d’or.
Nous avons créé le secret bancaire pour protéger nos informations financières.
Alors pourquoi le secret économique de nos entreprises serait-il moins important ?
Nous ne sommes pas contre la modernisation.
Nous sommes contre une modernisation qui consisterait à payer davantage tout en exposant davantage nos entreprises.
Alors, avant de nous expliquer comment cliquer sur « envoyer », nous aimerions quelques réponses :
Combien cela va-t-il réellement coûter à nos TPE et PME ?
Qui sera responsable en cas de vol ou de compromission des données ?
Et surtout, qui garantira la sécurité de ce patrimoine économique que nous allons être obligés de confier à ces nouveaux intermédiaires ?
Parce qu’une facture n’est pas une donnée comme une autre.
Elle raconte l’entreprise, ses clients, ses fournisseurs, son activité et parfois sa stratégie.
Nos entreprises ne sont pas des open data. Et leurs secrets économiques ne doivent pas être le prix à payer pour avoir le droit d’être modernes.
Le Président,
Alexandre Clareton
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