Édito du Président – Alexandre Clareton – vendredi 03 juillet 2026

Édito du Président – Alexandre Clareton

JUSQU’À QUAND

Il paraît que la crise au Moyen-Orient serait sur le point de s’apaiser. Un jour on y croit, le lendemain on n’y croit plus. Les marchés, eux, semblent avoir une qualité extraordinaire : ils savent réagir à la hausse en quelques heures… mais deviennent soudainement d’une lenteur administrative lorsqu’il s’agit de redescendre.

Prenons le carburant. En mars dernier, il n’a fallu qu’une nuit pour voir les prix s’envoler. Une déclaration, une tension géopolitique, et hop ! Les panneaux des stations-service avaient déjà fait leur mise à jour avant même que le café du matin ne soit servi. Aujourd’hui, le pétrole recule, les tensions se desserrent, mais les prix, eux, semblent avoir trouvé un point d’ancrage très confortable. La hausse emprunte l’ascenseur ; la baisse préfère manifestement l’escalier… lorsqu’elle ne reste pas au rez-de-chaussée.

Pendant ce temps, les aides promises par le Gouvernement prennent, elles aussi, leur temps. On parle encore des dispositifs d’avril… alors que nous sommes en juillet. À ce rythme-là, les entreprises recevront peut-être leurs aides lorsque leurs difficultés appartiendront à l’histoire… ou lorsque certaines auront malheureusement disparu. On nous parle de soutien, mais sur le terrain, ce sont surtout les découverts bancaires qui font le travail.

Les trésoreries ne sont plus simplement tendues ; elles sont sous perfusion. Les délais de paiement s’allongent, les marges sont devenues aussi fines qu’une feuille de papier à cigarette, et les chefs d’entreprise continuent pourtant d’avancer. Ils travaillent davantage, produisent davantage, facturent davantage… mais gagnent moins. Le volume est bien là, c’est la rentabilité qui a mystérieusement pris la poudre d’escampette. Une question demeure : au profit de qui ?

Et comme si cela ne suffisait pas, 2026 semble avoir décidé de collectionner les records. Nous avons connu la neige là où on ne l’attendait plus, une guerre aux conséquences économiques mondiales, et désormais une canicule qui complique encore davantage le quotidien des entreprises, de leurs salariés et de leurs dirigeants. Chaque semaine apporte son nouveau défi, sa nouvelle facture et son nouveau motif d’inquiétude.

Pourtant, malgré cette accumulation de crises, les entrepreneurs restent debout. Épuisés, parfois découragés, souvent incompris, mais toujours présents. Ils continuent d’embaucher, d’investir lorsqu’ils le peuvent, de servir leurs clients et de faire vivre nos territoires. Jusqu’à quand ? Voilà sans doute la véritable question.

Car il existe une limite à tout. À force de considérer les entreprises comme une variable d’ajustement permanente, à force de leur demander toujours plus tout en leur offrant toujours moins de visibilité, il ne faudra pas s’étonner que certaines renoncent, reportent leurs investissements ou disparaissent.

Une entreprise ne fonctionne ni aux promesses, ni aux déclarations d’intention, ni aux effets d’annonce. Elle fonctionne avec de la trésorerie, de la rentabilité et de la confiance. Aujourd’hui, ces trois piliers vacillent. Et lorsqu’ils cèdent, ce ne sont pas seulement des bilans qui s’effondrent : ce sont des emplois, des savoir-faire et toute une économie locale qui en paie le prix.

Alexandre Clareton, Président de l’UNOSTRA