Décarbonation du transport routier : un défi majeur pour les transporteurs

La Commission du développement durable de l’Assemblée nationale a publié en mai 2026 une synthèse de la mission d’information « flash » consacrée à la décarbonation des poids lourds. Menée par les députés Gérard Leseul et Jean-Marie Fiévet, cette mission avait pour objectif d’identifier les principaux freins au développement des poids lourds décarbonés et de proposer des solutions concrètes pour accélérer la transition du secteur. 

Le rapport rappelle que les poids lourds représentaient en 2024 près de 21,7 % des émissions du secteur des transports en France, soit 27,1 millions de tonnes équivalent CO₂. Les députés considèrent ainsi que l’électrification du transport routier sera indispensable pour atteindre les objectifs climatiques fixés à horizon 2030 et 2050.

Dans le cadre de cette mission, près d’une quarantaine d’acteurs du secteur ont été auditionnés : constructeurs, transporteurs, donneurs d’ordre, services de l’État ainsi que plusieurs organisations professionnelles. Parmi eux, le président de l’UNOSTRA, Alexandre Clareton, a été entendu afin de porter la voix des TPE et PME du transport routier représentées par l’UNOSTRA et de rappeler les réalités économiques et opérationnelles du terrain. 

Des investissements encore très lourds

Le rapport souligne que le principal frein à l’électrification reste aujourd’hui le coût des véhicules. Un tracteur électrique de 44 tonnes représente un investissement d’environ 320 000 €, soit près de 2,5 fois le prix d’un véhicule diesel estimé à 125 000 €. 

Dans un secteur marqué par des marges très faibles et une forte atomisation des entreprises — 84 % des structures comptant moins de 10 salariés — les députés estiment qu’un accompagnement public renforcé est indispensable pour permettre aux transporteurs de renouveler progressivement leurs flottes. 

Le Gouvernement prévoit ainsi une hausse importante des aides à l’acquisition via les Certificats d’Économie d’Énergie (CEE), avec des soutiens pouvant dépasser 100 000 € pour certains tracteurs électriques dès juin 2026. 

Parmi les principales recommandations formulées :

  • Renforcer les aides à l’achat et à la location longue durée de poids lourds électriques.
  • Faciliter l’accès au financement bancaire.
  • Mettre en place des garanties de prêts par l’État.
  • Développer des taux bonifiés via la Banque Publique d’Investissement française.
  • Renforcer les dispositifs de suramortissement fiscal. 

 

Une rentabilité appelée à évoluer progressivement

Même si leur coût d’acquisition reste élevé, les poids lourds électriques bénéficient de coûts d’exploitation plus faibles grâce à un entretien réduit, à une plus grande stabilité du prix de l’électricité et à une moindre dépendance au gazole. 

Selon les projections du rapport, le coût total de possession des véhicules électriques pourrait devenir plus compétitif que celui du diesel entre 2030 et 2035, notamment pour les usages intensifs et longue distance. 

Les députés proposent également plusieurs mesures pour améliorer la compétitivité des véhicules à zéro émission :

  • Réduction des péages pour les camions électriques.
  • Baisse de la fiscalité sur l’électricité.
  • Développement d’un marché de l’occasion pour les poids lourds électriques. 

 

Le défi majeur des infrastructures de recharge

Le développement des infrastructures de recharge apparaît comme l’un des enjeux centraux des prochaines années. Le rapport prévoit un déploiement massif des bornes sur les grands axes routiers, mais également dans les dépôts, entrepôts, zones logistiques et plateformes multimodales. 

Les députés rappellent que le déploiement des infrastructures nécessitera des investissements particulièrement importants. À horizon 2030, le besoin de financement des bornes en itinérance est estimé à 450 millions d’euros, hors coûts de raccordement au réseau électrique. 

Le rapport identifie plusieurs freins majeurs :

  • des coûts de raccordement très élevés,
  • des délais de mise en service pouvant atteindre 12 à 24 mois,
  • un manque de foncier disponible,
  • des contraintes techniques et assurantielles importantes. 

Afin d’accélérer le déploiement des infrastructures, les rapporteurs préconisent notamment :

  • l’extension du mécanisme de mutualisation des coûts de raccordement,
  • le renforcement du programme Advenir,
  • le développement des infrastructures de recharge sur les aires autoroutières,
  • ainsi qu’un meilleur accès au foncier pour les projets d’infrastructures électriques.

 

Une transition qui ne peut reposer uniquement sur les transporteurs

Le rapport insiste également sur la nécessité de mieux répartir le coût de la transition énergétique entre transporteurs, donneurs d’ordre et marchés publics.

Les députés soutiennent ainsi la mise en place d’une trajectoire progressive obligeant les donneurs d’ordre à intégrer davantage de prestations réalisées avec des véhicules à zéro émission. Cette trajectoire pourrait atteindre 30 % des prestations à horizon 2036.

Le rapport encourage également la mise en place de contrats plus longs, de 3 à 5 ans, afin de sécuriser les investissements des entreprises de transport et de leur apporter davantage de visibilité économique. 

 

Quelle place pour les autres énergies ?

Le rapport considère les biocarburants et le bioGNV comme des solutions de transition utiles, tout en estimant que les soutiens publics devront progressivement se concentrer sur les technologies zéro émission. 

L’hydrogène pourrait toutefois conserver une place importante pour certains usages spécifiques nécessitant :

  • une forte autonomie,
  • des trajets longue distance,
  • ou des temps de recharge rapides. 

 

Une vigilance portée par l’UNOSTRA

Ce rapport confirme que l’électrification du transport routier est désormais engagée à grande échelle. Les prochaines années seront décisives pour les entreprises du secteur, qui devront anticiper les évolutions réglementaires, économiques et techniques afin de rester compétitives et répondre aux nouvelles attentes du marché.

L’UNOSTRA restera pleinement mobilisée sur ces sujets afin de défendre les intérêts des TPE et PME du transport routier face aux enjeux économiques et opérationnels liés à la décarbonation du secteur.

L’organisation rappelle également son attachement au principe du mix énergétique. Pour l’UNOSTRA, la transition du transport routier ne pourra pas reposer uniquement sur l’électrification, mais devra s’appuyer sur plusieurs solutions complémentaires adaptées aux réalités du terrain, aux contraintes des entreprises et aux différents usages du transport routier.


Lire le rapport dans son intégralité