Édito – Coup de gueule du Président

 

20 centimes par litre pour les transporteurs ?

Répétez-le assez fort, assez souvent… et cela finit par devenir une vérité. Une belle vérité. Une vérité pratique. Mais certainement pas la réalité.

Sur le terrain, cette annonce fait des dégâts. Elle brouille tout. Elle alimente une petite musique bien commode : « Vous êtes aidés, de quoi vous plaignez-vous ? »

Eh bien parlons-en, justement.

La réalité, c’est 500 € maximum par tracteur, dégressif ensuite.

La réalité, c’est aussi 130 € pour un car et 70 € pour une ambulance.

Oui, 70 €.

À ce niveau-là, on hésite entre aide économique… et geste symbolique.

Une goutte de carburant dans un incendie.

Mais le plus savoureux reste à venir.

Pour bénéficier de ces aides, il faut quoi ? Être exemplaire ? Anticiper ? Gérer rigoureusement ? Pas du tout.

Il faut être en difficulté au point de ne plus payer ses charges sociales. Être en défaut auprès de l’URSSAF.

Autrement dit : pour être aidé, commencez par ne plus payer.

On saluera au passage cette brillante leçon de gestion.

Et pour les aides un peu plus importantes ? Il faudra patienter… jusqu’en 2027. Et démontrer, à posteriori, que votre EBE 2026 (aide déduite) ne dépasse pas 98 % de celui de l’année précédente. Quel rapport avec la crise actuelle ? Aucun.

Mais cela permet d’écarter efficacement des entreprises pourtant solides, simplement parce qu’elles ont investi ou qu’elles tiennent encore debout.

Une usine à gaz, déconnectée, hors-sol.

Et comme si cela ne suffisait pas, on nous propose un “crédit Boost carburant” à 3,80 %.

Le principe est limpide : vous n’avez plus de trésorerie ? Empruntez.

Évidemment. S’endetter pour survivre, quoi de plus sain ?

Dans la vraie vie, une entreprise qui ne peut plus payer son carburant ne contracte pas un crédit de plus. Elle ralentit. Ou elle s’arrête.

Non, Messieurs les Ministres, nous ne jouons pas à ce jeu-là.

Et non, les transporteurs ne sont pas des assistés. Ce sont des gestionnaires qui vivent avec des marges serrées et des réalités concrètes pas des lignes Excel déconnectées.

Alors remettons les choses au clair :

Non, il n’y a pas 20 centimes par litre.

Oui, il y a une crise majeure.

Et non, les réponses apportées ne sont pas à la hauteur.

Mais rassurez-vous : sur le papier, tout va très bien.

À bon entendeur