TEMOIGNAGE – le coup de gueule d’un transporteur

Les mauvaises pratiques d’une plateforme de la grande distribution.
L’UNOSTRA reçoit régulièrement des coups de gueule de transporteurs, quand ils sont confrontés aux exigences des plateformes de la grande distribution.
Parce qu’en ces temps de pandémie et de contraintes sanitaires, la tension augmente sur les quais de chargement l’Unostra vous propose de suivre un conducteur.
Équipé d’une tautliner Paul (nous l’appellerons ainsi) se présente au quai de chargement d’une plateforme. Bien souvent son donneur d’ordre va lui demander de participer au chargement de palettes de plus de 2.60 mètres de haut pesant plus d’une tonne chacune en respectant scrupuleusement le plan de chargement prévu par la plateforme.
Les palettes sont à peine filmées, et « montées » de façon peu cavalière : en effet, on peut retrouver des palettes de brioches sur lesquelles sont rajoutées des packs de bouteilles de lait, ou encore une palette chargée d’une rangée d’essuie-tout sur laquelle on dépose des packs de bières, ou encore une palette de briques de lait sur laquelle on empile des packs de bière.
Une palette est comme une maison : si les fondations ne sont pas solides c’est l’effondrement ou l’affaissement assuré.
De plus, le plan de chargement est souvent très mal organisé entraînant une mauvaise répartition de la charge. Par exemple, les palettes les plus lourdes sont chargées toutes du même côté. Si Paul émet une suggestion sur le plan de chargement et propose une autre organisation, le cariste va saisir sa direction qui va répondre au conducteur qu’il n’a pas à juger le plan de chargement, que son mécontentement peut avoir pour conséquence une exclusion de la plateforme.  Bien souvent, Paul ne va pas émettre de réserve et accepte son chargement.
Si toutefois le conducteur veut émettre des réserves sur la lettre de voiture, cela ne sert à rien. En effet, à son arrivée, il lui a été demandé son carnet de lettres de voiture, qu’on lui a rendu, une fois le chargement terminé, mais la plateforme a gardé l’exemplaire qui lui revient. Donc aucune possibilité d’émettre des réserves sur l’exemplaire laissé à la plateforme qui est celui de l’expéditeur.
Paul part donc de cette plateforme sachant pertinemment qu’à l’arrivée tout ou partie du chargement lui sera refusé. Que de la marchandise sera complètement gâchée donc non vendable, et mis au rebus
A l’arrivée sur le lieu de déchargement et à l’ouverture des portes de la remorque, le constat est dramatique : toutes les palettes ont bougé et sont difficilement déchargeables sans les renverser. La marchandise est refusée. Il revient alors au transporteur de trouver une solution. Les caristes des magasins qui réceptionnent les camions ne sont jamais surpris, ils ont l’habitude que la marchandise arrive systématiquement dans cet état.
Le transporteur va donc trouver un lieu proche du déchargement afin de reconditionner les palettes et tenter de livrer la totalité du chargement sans réserve du destinataire.
Le reconditionnement sera effectué par Paul lui-même : son cout en sera entièrement absorbé par le transporteur qui la plupart du temps ne parviendra pas à le facturer à son client Au final, le transporteur aura mis plus de 48 heures pour effectuer un voyage qui aurait dû se réaliser en moins de 24 heures.
Ces comportements commerciaux récurrents sont inadmissibles et intolérables
Le transporteur n’a pas à subir les surcouts financiers induits par l’irresponsabilité du chargeur.
Insécurité de la marchandise, du conducteur, des usagers, gâchis de biens alimentaires, perte de temps donc d’argent pour le transporteur…
Cela suffit !
Pour que ces pratiques cessent, une seule solution : refuser de charger sur ces plateformes
Professionnels de la route, vous avez le pouvoir de dire STOP. Prenez-le !
Paris le 24 novembre 2020